Interview de Sylvain Savoia

L’histoire des « Esclaves oubliés de Tromelin » a piqué notre curiosité et nous a incités à interroger son auteur, Sylvain Savoïa, sur ses recherches et ses motivations à donner vie aux esclaves et aux différents personnages de cette BD.

SylvainSavoiaSylvain, présentez-vous aux lecteurs

Sylvain Savoia, je suis auteur de bande dessinée depuis 25 ans. J’ai réalisé un peu plus de 25 albums en mon nom seul, et pas d’autres en collectif avec d’autres auteurs. Je suis originaire de la région de Champenoise ; j’ai pas mal voyagé et j’ai vécu une bonne partie de mon temps à Bruxelles.

 

A quel univers se référence votre travail/vos histoires ? Et pourquoi ?

Ce qui m’intéresse avant tout dans le travail de la bande dessinée, c’est quelque chose qui va toucher à l’humanité des gens, et pas vraiment l’univers ou l’histoire en elle-même. C’est véritablement une histoire particulière individuelle qui va me donner envie de la mettre en avant.

Je me souviens d’ailleurs avoir travaillé avec Jean-David Morvan sur une histoire de science-fiction, où le personnage était très humain, car il était issu d’une minorité un peu opprimé, il était touareg d’origine ; donc c’était assez intéressant pour moi de situer la science-fiction en Afrique car le travail n’avait jamais été abordé.

J’ai également travaillé sur une série policière, où le personnage était lui aussi humain, mais il avait pas mal de failles car il avait été adopté.

Avec Marzi, on a réellement passé un cap et on a quitté la fiction pour laisser réellement place à la réalité. Marzi est une histoire autobiographique, celle de ma compagne, qui est polonaise et qui a vécu son enfance sous le régime communiste en Pologne, dans les années 80. Elle a parlé de quelque chose de très personnel et très touchant. Suite à ça, j’ai voulu mettre en avant l’enfance car c’est quelque chose d’universel. Je suis donc partie d’une individualité et j’ai élargi le point de vue, en partant d’une personne en particulier pour parler de son entourage, de la société et du régime particulier de l’époque.

Dans le dernier album que je viens de sortir, j’ai voulu parler de l’esclavage ; ce qui m’intéressait c’était de parler de gens qui ont été arbitrairement déportés, exilés et abandonnés.

Pouvez-vous nous parler du contexte de cette histoire et les recherches que vous avez menées pour créer « Les esclaves oubliés de Tromelin »?

En fait, c’est presque par hasard que je suis tombé sur cette histoire ; c’est en lisant le journal Le Monde, je suis tombé sur un petit article vraiment très succinct qui, en quelques lignes, résumait l’histoire de ces esclaves abandonnés. C’est une histoire vraie qui a eu lieu au XVIIIème siècle.

En 2006, il y a eu une première mission archéologique dont le but était de découvrir comment le naufrage avait eu lieu ; il faut savoir que c’est une petite île perdue en plein milieu de l’océan Indien, à plus de 500 km des premières côtes, sur une île minuscule de 1km2. Plusieurs thèmes m’ont plu dans cet article, dont celui de l’esclavage, de l’exile, de l’abandon, de l’île déserte qui est une sorte de fantasme de lecteur quand on est enfant et qu’on a lu Robinson Crusoé.

J’ai donc contacté l’équipe archéologique pour leur demander s’ils voulaient bien mettre leur documentation à ma disposition pour que j’en fasse une histoire. Ils étaient tout à fait partants, et étaient très contents que je parle de l’esclavage. Et de fil en aiguille, on a sympathisé et en 2008, ils m’ont proposé de venir avec eux ; j’ai dit oui instantanément. Je suis parti un mois et demi sur cette île pour mener mes recherches avec eux. On a trouvé beaucoup de choses, ce qui a bien nourri mon histoire.

Selon vous, cet album s’adresse-t-il davantage à des passionnés d’histoire ? À un jeune public ou alors, à tout le monde ?

Ce sont des bandes dessinées qui sont vraiment faites dans l’optique de faire découvrir, donc n’importe qui peut se plonger dedans, et découvrir l’Histoire, éventuellement la politique et la société étrangère sans connaître quoique ce soit. On l’aborde de manière très simple, sans avoir besoin de référence, et il y a plusieurs niveaux de lecture.

Par exemple dans Marzi, c’est une BD qui s’adapte aussi bien aux enfants 7 ou 8 ans qu’aux lecteurs âgés de 80 ans, tout le monde s’y retrouve. Ceux qui connaissent l’histoire de la Pologne vont forcément retrouver des souvenirs, des éléments qui ont marqués leur propre vie.

Pour les jeunes qui n’ont aucune connaissance du régime politique de la Pologne des années 80, ils vont découvrir l’histoire d’une petite fille, dans un univers particulier, qu’elle ne comprend pas forcément et qu’elle apprend à découvrir au fur et à mesure, et les jeunes lecteurs le découvrent en même temps qu’elle.

Dernière question, conseilleriez-vous à un jeune, passionné de BD qui dessine à longueur de journée, de suivre ses rêves et de se lancer dans le métier de dessinateur ?

Ce serait difficile de ne pas conseiller ce métier, car j’étais un enfant qui dessinait tout le temps, en cours aussi, et qui essayait de progresser, de recopier ce qu’il aimait. C’est un bon moyen de communication avec les autres élèves et aussi un bon moyen pour draguer les filles, ça marchait vraiment bien pour moi. Cela me plaisait beaucoup de comprendre le monde par le biais du dessin, de l’analyser, de le synthétiser et de le retranscrire sur le papier.

J’ai eu la chance de pouvoir exercer ce métier assez vite et facilement. Ça fait 25 ans que je fais ce métier, mais maintenant, le marché est assez difficile. Mais si on est vraiment passionné et prêt à s’engager complétement, et à travailler beaucoup pour en vivre, c’est alors réalisable et je le conseille ! Et si c’est un moyen par lequel on arrive à s’exprimer facilement, il ne faut pas hésiter.

Aujourd’hui, est-ce que ce métier à encore de l’avenir ?

Oui, il a de l’avenir, mais il faut toujours se rappeler qu’on n’est pas salarié et que l’on est uniquement payé sur ce qu’on produit. Très peu d’auteurs vivent actuellement de la BD, il faut oublier les congés, les arrêts maladies, le chômage, tout cela, ça n’existe pas. On peut compter que sur soi-même, sur sa capacité à dessiner et à produire. Quand j’ai commencé à publier mes albums, il y avait entre 600 et 700 albums par an, maintenant on a atteint 5000 à 5500 albums par an, et forcément le public n’a pas évolué aussi vite…

C’est donc difficile pour beaucoup d’auteurs d’en vivre. De plus, on recense un grand nombre de concurrents de la BD, avec les consoles de jeux et le monde numérique en pleine croissance qui empiètent sur la petite possibilité qu’on a d’intéresser le public.

Juliette Durieux

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