Sotchi, vers une reconnaissance durable du ski alpin handisport ?

À près d’un mois des Jeux Paralympiques de Sotchi, le haut-savoyard de 32 ans s’entraîne d’arrache-pied, afin d’appréhender au mieux les pistes de la Station Rosa Khutor à l’aide de son dualski. Yohann vise bien évidemment l’or paralympique, mais ce qu’il recherche avant tout, c’est le plaisir de la glisse et la reconnaissance de son sport auprès des valides et handicapés.

« Rien n’est impossible, tout vient à point pour qui sait attendre… il faut savoir vivre dans le présent pour apprécier le passé et construire son futur ! », ce crédo de champion ne le lâche pas d’une semelle Yohann Taberlet, membre de l’équipe de France de ski alpin handisport . Ses journées ont beau être chronométrées et ultra chargées, il ne perd pas pour autant de vue le plaisir extrême qu’il a à glisser sur les pistes enneigées du monde entier. Qui aurait pu croire qu’un paraplégique prendrait aussi bien son pied dans la vie active que dans un sport de glisse ?

Le 12 septembre 2002, jour de son accident de parapente, marqua pour ce skieur alpin « valide » de haut-niveau, la fin définitive de sa carrière prometteuse en équipe de France. Toutefois, les deux mois de lourdes souffrances physiques et morales qui suivirent, n’entamèrent pas le moral d’acier de ce combattant.

Durant les huit mois de centre de rééducation à jongler entre soins et renforcement des capacités motrices, le haut-savoyard confie ne rien avoir lâché, « j’ai le côté sportif de haut-niveau qui est revenu parce que tous les jours je me fixais des objectifs …du coup, je travaillais très dur en rééducation de façon à récupérer le mieux et le plus rapidement possible. » A sa sortie du centre et afin de mettre à l’épreuve Yohann, son petit frère Tony le convie au pari de remporter les Jeux de Turin en 2006, dans une toute nouvelle catégorie celle des invalides.

Le Ski de haut-niveau nous demande un gros travail au niveau cardiaque

Au début, la compétition n’était pas son challenge principal, c’était juste le plaisir de la glisse et c’est tout. Mais une fois le pari lancé, Yohann s’entoure d’un super staff technique, comptant dans ses rangs son frère qui joua le rôle d’entraîneur et son oncle, celui de préparateur physique. De retour depuis 2003 sur le domaine skiable de Morzine-Avoriaz, ce compétiteur au cœur d’or n’étant pas du genre à se lamenter sur son sort ; il est plutôt le genre d’homme sensible, blagueur et décalé qui remotive les troupes, que ce soit sa famille ou ses collègues skieurs valides. « On se motive les uns et les autres, quand on s’entraîne avec eux, on les tire vers le haut parce qu’ils ne veulent quand même pas se faire battre par un mec handicapé. »

Afin d’être fin prêt pour les Jeux Paralympiques de Sotchi, Yohann précise que lui et l’équipe handisport de France de ski alpin ont suivi  » au lendemain de Vancouver, un gros programme d’entraînement physique, cardiologique, musculation, ainsi que de nombreuses séances de vitesse pour être plus véloce sur les pistes…tout ceci représente en gros plus de 200 heures de ski dans l’année. » Pire qu’un agenda de ministre, il sait déjà par avance quel sera le programme de la journée, voire de la saison et ce grâce à la précieuse aide de sa Compagne et manager Hélène.

Toutes les séances de renforcement abdominal et cardio-vasculaire sont hyper encadrées précise le haut-savoyard et  » Le ski de haut-niveau nous demande un gros travail au niveau cardiaque[…] en général au printemps, on va travailler de façon prolongée l’aspect cardiaque…l’été, on développe davantage la masse musculaire afin qu’en automne, on puisse exploiter cette masse pour faire d’intenses séances de force de l’ordre d’une heure…enfin en hiver, on enchaîne dans la semaine les séances de cardio, de muscu et force, en plus de l’entraînement sur les pistes. » Ainsi en suivant à la lettre le programme d’entraînement avant les JO de Sotchi, les skieurs éviteront toutes fractures ou déchirures lors d’une éventuelle chute.

Je recherche pas à être une star, mais à obtenir de la reconnaissance

Contrairement aux skieurs valides qui font du ski, leur principal métier et sont donc rémunérés selon leur classement, les skieurs handisports ne perçoivent aucun salaire et ce peu-importe que ce soit la Coupe de France ou Coupe du Monde. Alors comment font-ils pour poursuivre leur passion et faire de la compétition de haut-niveau au même titre que les valides ?

Yohann Taberlet nous explique qu’il n’y a qu’aux Jeux Paralympiques et si les athlètes finissent sur le podium qu’ils peuvent gagner la prime qui y est associé  » en général pour la médaille d’or, on gagne au environ de 50.000 €, l’argent 20.000 € et le bronze 15.000 €, et contrairement aux valides, on n’est pas rémunéré par la fédération. » Ce sont les partenaires et sponsors comme Rossignol, Intersport ou Tessier qui financent les déplacements et le matériel pour skier.

« Je fais avant tout du ski pour le plaisir et pas pour l’argent… Je recherche pas à être une star, mais à obtenir de la reconnaissance pour parler de notre sport et faire évoluer les mentalités chez les valides et les handicapés. » Yohann avoue qu’un podium aux JO de Sotchi serait un véritable plus, car sa victoire permettrait un plus grand retentissement médiatique et donc peut-être un prise de confiance des personnes handicapées à faire du sport pour leur plaisir et leur bien-être.

Encadré sur les Jeux Paralympiques de Sotchi 2014 :

Les JO Paralympiques débuteront le 7 mars 2014 et seront clôturés le 16 mars 2014. Les installations olympiques de Sotchi verront arriver près de 3 500 athlètes valides et handicapés qui concourront pour s’offrir l’un des trois plus beaux métaux de ces Jeux. Cinq disciplines attendent les sportifs handisports : le curling, le ski alpin, le ski de fond, le biathlon et le hockey sur luge. Un peu plus de 60 heures de directs seront retransmis sur France 4, afin de contempler les performances de l’équipe de France handisport.

Juliette Durieux

Suivez Yohann Taberlet sur son site officiel.

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